mardi, 06 mars 2007

§ 4

Il faut tout de même définir ce que pourrait être une notion de reprise vis-à-vis de l'art.

Lorsqu'on recrée quelque chose, il s'agit du produit résultant de l'enchevêtrement d'une multitude de répétitions. Nous avons ici un beau postulat certes, mais tout de même un paralogisme. L'articulation répétée n'a pas de relation diachronique mais seulement une relation synchronique en rapport des autres articulations[1] qui vont ainsi crépir la répétition d'un sens qui ne lui est pas propre. Dès qu'il s'agit de répéter quelque chose dans une matrice d'influences divergente du lit d'origine, le nouveau parangon transformera l'objet répété : il ne s'agira alors plus tout à fait du même objet ou même d'un objet différent, mais d'une reprise de l'objet.

Kierkegaard parlait d'un dépassement de l'objet, mais en employant un tel lexème il était indubitablement en tort. Il ne s'agit pas de dépasser l'objet, mais de renverser ses modes d'intelligibilité, transformant ainsi sa perspective – et j'insiste sur l'usage du terme « transformer », purement dionysiaque.

Voilà pour ce qui est de la reprise.

[1] Ferdinand de Saussure parlait de synchronie et de diachronie concernant le langage, mais le champ de congruence d'une telle notion est beaucoup plus large car, comme le disait Benveniste, l'univers est constitué à partir de ce qu'est la langue – qui est ainsi un aide-mémoire d'une omnipotence incroyable, comme l'avait proclamé Hobbes, mais également un mode d'influence subsumant toute perception sous lui.

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