mercredi, 07 mai 2008
Fragments pour Julie
Lorsqu'une muse devient si infatuée qu'elle se persuade que l'esthète veut en faire son jumeau (et comment diable l'artiste voudrait-il que l'inspiration qu'incarne la muse s'auto-annihilât en entretenant un principe d'identité avec lui ? La muse a une probabilité bien plus grande de devenir une réplique de son amie que de son soupirant, qui ne demande pas mieux que de la voir prendre les faciès les plus imprévisibles afin qu'elle avivât encore plus son inspiration) ; lorsqu'une muse devient si infatuée, écrivé-je, qu'elle ne veut pas croire que l'amour de l'esthète soit dans une toute autre dimension que les étalons autrement plus triviaux de l'intelligence, qu'enfin elle s'échine à penser que c'est lui faire injure que de vouloir la voir voler aussi haut que son formidable potentiel le lui permet (quel artiste ne voudrait pas voir son inspiration s'élever brasillante sur des belvédères lointains ?), que c'est condescendance pure, tant mon amour est prodigue, que de la laisser libre de gâcher ses capacités sans que mon estime en son endroit ne diminuât fortement (être déçu de la visée de quelqu'un ne signifie pas lui en tenir rigueur d'une façon terrible) : lorsqu'une muse s'enfange dans de si médiocres considérations, il convient de lui rappeler que malgré tout, elle m'est formellement indispensable.
Ceci sera mis à jour fréquemment dans la semaine à venir :
Fragments pour JulieR.
Et pour répondre à d'autres sentences (quoi de plus couard que d'être suffisamment pleutre pour nier le jugement, tout en en usant par derrière ; ceci est une pathologie que de ne pouvoir soutenir le regard des autres, qu'on appelle la blemmophobie) : "Quand nous ne nous sentons pas à la hauteur d'une chose difficile, nous ne tolérons pas qu'elle soit mentionnée devant nous." Opinions et sentences mêlées, §21. Oui, jadis, je ne tolérais pas qu'on me dît que je dusse encore progresser, je ne le supporte toujours pas, et pourtant, ces exhortations, parmi lesquelles celles de mes plus sublimes fustigeurs, m'ont permis d'effectivement m'élever. "D'une absence complète de critique résulte un affaiblissement continuel de la jouissance que procure l'art. Mais plus la jouissance diminuera, plus se transformera le désir de l'art, pour régresser jusqu'à devenir un simple appétit, à quoi l'artiste cherche, dès lors, à subvenir par une nourriture toujours plus grossière". §28. L'absence de jugement transmute l'activité en produit, consacre le médisant goût commun, et détruit l'art au profit de l'industrie culturelle (vaste bibliographie pour étayer mon propos : Adorno, Meschonnic, l'herméneutique de Paul Ricoeur, le fondement du postmodernisme, la réfutation shivaïte à la putride relativité des perspectives etc.). Enfin, je ne deviendrai pas ce héros kierkegaardien, qui profite de ses contusions mentales pour être enfin inspiré.
Puisse ainsi ma muse choisir le chemin qu'elle désire, mais en toute connaissance de cause. Et peu importe son choix, elle jouit toujours d'une estime considérable de ma part - car le dépassement n'est qu'un plus, ou plutôt un surplus, qui ne change strictement rien à la valeur intrinsèque d'un individu.
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