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dimanche, 08 février 2009
Collection de notules publiées sur Facebook
(notules car la plupart de ces "articles" sont si concis qu'ils pourraient loger dans des notes de bas de page, d'autant plus qu'ils sont souvent de simples compléments et par voie de conséquence absolument pas autosuffisants)
L'Autre de Lévinas
dimanche 2 novembre 2008 à 12:08
Ce qui gêne souvent à la compréhension des textes d'Emmanuel Lévinas, c'est bien entendu sa terminologie inspirée par l'ontologie heideggérienne à laquelle il souhaitait répondre.
On se demandait : mais pourquoi l'Autre est-il toujours considéré comme un infini inconnu, inaccessible ? L'argument névralgique et prégnant de Lévinas est le suivant : à force de rechercher l'Être, de vouloir revenir à une philosophie parménidienne, à quelque chose qui se serait soi-disant perdu depuis l'hellénisme, on ne réfléchit que sur des rapports d'ipséité : le soi, l'en-soi, essence, existence, être, étant, le Dasein... Et ce que Lévinas veut, c'est qu'on pense en termes d'identité, de différence, et non plus en termes d'ipséité.
Lévinas émet ainsi une thèse simple : on ne comprend l'inconnu que par analogie avec le connu, ce qui nous permet de territorialiser l'inconnu avec du connu, laissant en réalité le champ de l'inconnu à jamais inconnu. L'intangibilité de la sémiologie de l'Autre repose dessus, tant corporelle que linguistique, car en définitive, lorsqu'on me parle d'amour, je ne pense l'amour qu'en rapport à ma propre fluidité empirique, lorsqu'on me parle de métaux, je ne synthétise la conception du métal qu'à partir de l'alliage des matériaux dont JE dispose et que je compose grâce à MON imagination (et non pas DANS l'imagination, car chez Kant, imagination => schématisation, synthèse).
Ceci, c'est la brèche béante, la flagrance, l'ostensibilité d'un Visage ineffable qui ne dévoile en définitive que la vulnérabilité de l'entendement. L'Autre inaccessible, l'Autre non pas en tant qu'entité, il faut bien le comprendre, mais en tant qu'inédit, imprésent, interprété dans mon imperfectible imparfait.
A jamais inaccessible. Et le philosophe ne doit jamais considérer cet impossible comme dans sa violence, mais comme dans sa passion, sa fougue, et ardre de désir pour cet inconnu...
R.
Apostille : et je crois que l'une des principales sources de Lévinas, c'est bien Hobbes, qui fondait toute l'imagination sur la trope. Il y a là plus qu'une similitude, mais un premier mouvement, un prélude, une exquise esquisse, un insigne inachevé, in-fini.
On se demandait : mais pourquoi l'Autre est-il toujours considéré comme un infini inconnu, inaccessible ? L'argument névralgique et prégnant de Lévinas est le suivant : à force de rechercher l'Être, de vouloir revenir à une philosophie parménidienne, à quelque chose qui se serait soi-disant perdu depuis l'hellénisme, on ne réfléchit que sur des rapports d'ipséité : le soi, l'en-soi, essence, existence, être, étant, le Dasein... Et ce que Lévinas veut, c'est qu'on pense en termes d'identité, de différence, et non plus en termes d'ipséité.
Lévinas émet ainsi une thèse simple : on ne comprend l'inconnu que par analogie avec le connu, ce qui nous permet de territorialiser l'inconnu avec du connu, laissant en réalité le champ de l'inconnu à jamais inconnu. L'intangibilité de la sémiologie de l'Autre repose dessus, tant corporelle que linguistique, car en définitive, lorsqu'on me parle d'amour, je ne pense l'amour qu'en rapport à ma propre fluidité empirique, lorsqu'on me parle de métaux, je ne synthétise la conception du métal qu'à partir de l'alliage des matériaux dont JE dispose et que je compose grâce à MON imagination (et non pas DANS l'imagination, car chez Kant, imagination => schématisation, synthèse).
Ceci, c'est la brèche béante, la flagrance, l'ostensibilité d'un Visage ineffable qui ne dévoile en définitive que la vulnérabilité de l'entendement. L'Autre inaccessible, l'Autre non pas en tant qu'entité, il faut bien le comprendre, mais en tant qu'inédit, imprésent, interprété dans mon imperfectible imparfait.
A jamais inaccessible. Et le philosophe ne doit jamais considérer cet impossible comme dans sa violence, mais comme dans sa passion, sa fougue, et ardre de désir pour cet inconnu...
R.
Apostille : et je crois que l'une des principales sources de Lévinas, c'est bien Hobbes, qui fondait toute l'imagination sur la trope. Il y a là plus qu'une similitude, mais un premier mouvement, un prélude, une exquise esquisse, un insigne inachevé, in-fini.
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Notes sur le Paléolithique
jeudi 15 janvier 2009 à 16:57
Il est important de noter les strates d'évolution et de perception de l'homme, car celles-ci, bien que pour la plupart culturelles et non naturelles, à force de pratiques répétées, ont pu hypothétiquement percoler dans le génotype, profondément, et ainsi encore nous affecter.
- 2 350 000 : Premiers outils de pierre taillée (nucleus, rocher à l'origine des pierres, similitude par le volume et non par la taille), le savoir de la taille se transmet par la parenté, comme chez les chimpanzés, et non plus par un programme génétique.
- 600 000 : Biface, symétrisation ne s'inscrivant pas dans l'utilité, recherche du beau devenant indissociable de l'hominisation (voire moteur de celle-ci car cet élément n'est pas présent chez les chimpanzés), peut-être plutôt recherche de la perfection (la plupart des symétrisations de nos jours s'effectuent toujours par quête d'une chimérique perfection qu'on croit atteindre par exemple par l'architectonie, l'occasion de rire encore de l'exemple kantien). Analogie symétrie du corps => symétrie signe d'ordre (le corps est en ordre s'il est symétrique), et par extrapolation symétrie signe de perfection ? La chose serait alors bien évidemment latente.
- 450 000 : Maîtrise du feu, ne signifie pas migration vers le nord (plus de foyers au sud qu'au nord de l'Eurasie), mais signifie moins de maladies par l'avarie de la nourriture, éloignement des prédateurs, et propicité à la convivialité (autour du foyer).
- 100 000 : Premières tombes, l'homme se met donc à expliquer par des inférences déductives ce qu'il ne peut expliquer par des inférences inductives et ainsi à croire à une vie après la mort. Projection hors de l'expérience qui finit par devenir une évidence (le présage devient oracle).
- 35 000 : Premières parures, premier véritable support de l'art (hors symétrisation qui ne rime pas forcément avec recherche du beau, on ne peut donc dire avec certitude que le biface soit une première occurrence de l'art). Différencier l'art de la recherche du beau : cela faisait quelques temps que l'homme rapportait des pierres parce qu'elles étaient curieuses, ou belles, qu'elles lui plaisaient ou l'intriguaient dans tous les cas, mais il ne les façonnait pas encore. Le corps humain devient une sorte de devenir-beau (s'approprier le beau trouvé, puis le beau façonné par l'art, le beau d'une certaine forme par le tatouage aussi).
- 30 000 : Art du paléolithique, sophistication de l'art : peintures, sculptures d'hommes zoomorphisés (homme à tête de lionne), débuts du phallisme et de représentations en forme de sexe féminin, plus abondantes. Ce qu'il faut noter avant tout, c'est que l'art n'étant plus seulement parure ou tatouage, il n'est plus devenir-beau : on reconnaît l'oeuvre comme une entité propre qui se donne à chacun. Des effets collatéraux de ce détachement du cadre corporel (comme par exemple l'herméneutique) ne sont pas encore perçus, mais la diversification des oeuvres rendue possible par la diversification des cadres est rendue immédiate, et l'une des premières adorations autre que celle du soi sera celle de la maternité. La fécondité, l'élucidation du mystère de la conception de l'homme, n'ayant pas encore été opérées, la femme est considérée comme magique, et est sacralisée (déesse-mère, dont les premières marques de cessation se feront dans la civilisation de l'Indus et à Akkad). L'homme est fasciné par ce qu'il n'a pas en double : la génitalité, la buccalité, la céphalité, fascination de ce qui échappe partiellement à la symétrie (en tant que double en fait, et non pas comme échappant au reflet axial, d'où le partiel). A noter qu'on ne s'explique toujours pas le très grand nombre d'apparitions de chevaux et de bisons en comparaison par exemple aux chèvres dans les peintures rupestres. Certains voudraient y voir une opposition masculin-féminin, mais ça peut être vraiment n'importe quoi, opposition soleil - terre chthonienne comme chez les nordiques serait plus détachée encore, opposition sauvage - domestiqué moins détachée.
- 25 000 : Statuettes féminines, ces premières vénus sont en général fort ventripotentes, marquant bien l'hypothèse avancée plus haut : un matriarcat émergent. Ces vénus ont toutes des points communs, ce qui signifie l'existence d'un code esthétique (ou d'une mimèsis si prononcée que ça en serait vraiment déconcertant). Le code esthétique signifie que l'homme, pour certaines représentations, croit avoir trouvé une forme optimale, et est capable de l'objectiver (en l'occurrence pour la maternité, cette stéatopygie, ce caractère mamelu, ces courbes adipeuses et cette bedaine à en faire pâlir Siddhartha en fin de vie). On peut même imaginer, en plus de cette législation tacite du code esthétique, une autorité chargée de la faire respecter.
- 9 000 : Art du néolithique
Une parenthèse de 5800 années s'ensuit dans les notes, alors que la taille du bronze, la céréaliculture et la phéniciculture, apparaissent durant ces millénaires. Je manque simplement de documentation concernant ces secteurs et veillerait à colmater la chose au plus tôt.
- 3 200 : Invention de l'écriture à Sumer (d'après la légende, Enmerkar, ensi d'Uruk, qui aurait envoyé un coursier à Aratta et aurait alors eu besoin de lui faire noter ce qu'il faudrait répéter). Néanmoins, selon ce qui semble ne plus être un mythe, le glorieux, sémillant, et très modeste Raphaël Badawi, au noble plastron gonflé de lapis-lazuli, aurait de Sa grâce donné l'écriture aux hommes, graciles écheveaux de viande qui autrement étaient condamnés à la disparition. On passe du message (quelques signifiants imprécis pour quelques signifiés) à une écriture (signifiants précisés, taxinomiés, exhaustivés par la possibilité combinatoire), cependant pas de corrélatifs, l'écriture n'est qu'un aide-mémoire mais pas encore une langue, il faudra attendre deux siècles avant d'avoir autre chose que des substantifs sur les tablettes.
- 3 000 : Les termes phonogramme (comme une lettre de l'alphabet) et syllabogramme (comme le principal intégrant de l'écriture hittite) ne sont évidemment pas synonymes, mais je les emploie ici comme tels car les symboles spécifiques utilisés par les sumériens comme connecteurs ou indices grammaticaux pouvaient tout aussi bien avoir la valeur d'un phonème (rarement, on est très loin d'une alphabétisation) que la valeur d'une syllabe (fréquemment). Donc nous avons des phonogrammes et des syllabogrammes pour le même phénomène. L'apparition des phonogrammes en plus des idéogrammes (l'écriture au calame ayant fait cette évolution vers une écriture abstraite en clous et en chevrons empêchant de parler de pictogramme) permet d'avoir une dimension syllabique s'enkystant à la base morphématique du langage, et autorise enfin de formuler à l'écrit ce qui peut être formulé à l'oral. Mais les syllabogrammes sont réduits au strict minimum et ne sont pas tous présents, l'écriture ne se suffit pas encore à elle-même, bien que les ambiguités dues à l'usage des mêmes signes entre signe syllabique et signe morphématique soient à peu près résolues. La structure de la langue étant agglutinante, il n'est pas nécessaire de noter tous les indices grammaticaux, tous les syllabogrammes, car leur présence ou non n'incide pas sur les substantifs, tous idéographisés.
- 2 600 : Les akkadiens, vivant en bonne intelligence avec les sumériens, développent une écriture flexionnelle dans laquelle tous les syllabogrammes doivent être présents justement parce que ceux-ci influent sur les substantifs plutôt que de simplement s'affixer ou s'infixer à eux. Cela permet enfin une écriture qui se suffit à elle-même, sans omissions dues à la rengaine "bon, la flemme de noter la phonogramme, et comme le lecteur sait de quoi je parle, il comprendra sans, et comme ça n'affecte pas la calligraphie du reste", sauf que le philologue quatre mille ans plus tard, de cette manière, obtient difficilement tous les éléments nécessaires à la contextualisation. Avec une écriture parfaitement autonome, enfin, nous avons les débuts de la littérature, alors "prosaïcité compassée", qui peuvent se faire.
Il faudra attendre encore un millénaire pour que les alphabets ugaritiques et phéniciens, uniquement consonnantiques, rendent l'écriture plus aisée, accessible à d'autres personnes que des érudits.
- 2 350 000 : Premiers outils de pierre taillée (nucleus, rocher à l'origine des pierres, similitude par le volume et non par la taille), le savoir de la taille se transmet par la parenté, comme chez les chimpanzés, et non plus par un programme génétique.
- 600 000 : Biface, symétrisation ne s'inscrivant pas dans l'utilité, recherche du beau devenant indissociable de l'hominisation (voire moteur de celle-ci car cet élément n'est pas présent chez les chimpanzés), peut-être plutôt recherche de la perfection (la plupart des symétrisations de nos jours s'effectuent toujours par quête d'une chimérique perfection qu'on croit atteindre par exemple par l'architectonie, l'occasion de rire encore de l'exemple kantien). Analogie symétrie du corps => symétrie signe d'ordre (le corps est en ordre s'il est symétrique), et par extrapolation symétrie signe de perfection ? La chose serait alors bien évidemment latente.
- 450 000 : Maîtrise du feu, ne signifie pas migration vers le nord (plus de foyers au sud qu'au nord de l'Eurasie), mais signifie moins de maladies par l'avarie de la nourriture, éloignement des prédateurs, et propicité à la convivialité (autour du foyer).
- 100 000 : Premières tombes, l'homme se met donc à expliquer par des inférences déductives ce qu'il ne peut expliquer par des inférences inductives et ainsi à croire à une vie après la mort. Projection hors de l'expérience qui finit par devenir une évidence (le présage devient oracle).
- 35 000 : Premières parures, premier véritable support de l'art (hors symétrisation qui ne rime pas forcément avec recherche du beau, on ne peut donc dire avec certitude que le biface soit une première occurrence de l'art). Différencier l'art de la recherche du beau : cela faisait quelques temps que l'homme rapportait des pierres parce qu'elles étaient curieuses, ou belles, qu'elles lui plaisaient ou l'intriguaient dans tous les cas, mais il ne les façonnait pas encore. Le corps humain devient une sorte de devenir-beau (s'approprier le beau trouvé, puis le beau façonné par l'art, le beau d'une certaine forme par le tatouage aussi).
- 30 000 : Art du paléolithique, sophistication de l'art : peintures, sculptures d'hommes zoomorphisés (homme à tête de lionne), débuts du phallisme et de représentations en forme de sexe féminin, plus abondantes. Ce qu'il faut noter avant tout, c'est que l'art n'étant plus seulement parure ou tatouage, il n'est plus devenir-beau : on reconnaît l'oeuvre comme une entité propre qui se donne à chacun. Des effets collatéraux de ce détachement du cadre corporel (comme par exemple l'herméneutique) ne sont pas encore perçus, mais la diversification des oeuvres rendue possible par la diversification des cadres est rendue immédiate, et l'une des premières adorations autre que celle du soi sera celle de la maternité. La fécondité, l'élucidation du mystère de la conception de l'homme, n'ayant pas encore été opérées, la femme est considérée comme magique, et est sacralisée (déesse-mère, dont les premières marques de cessation se feront dans la civilisation de l'Indus et à Akkad). L'homme est fasciné par ce qu'il n'a pas en double : la génitalité, la buccalité, la céphalité, fascination de ce qui échappe partiellement à la symétrie (en tant que double en fait, et non pas comme échappant au reflet axial, d'où le partiel). A noter qu'on ne s'explique toujours pas le très grand nombre d'apparitions de chevaux et de bisons en comparaison par exemple aux chèvres dans les peintures rupestres. Certains voudraient y voir une opposition masculin-féminin, mais ça peut être vraiment n'importe quoi, opposition soleil - terre chthonienne comme chez les nordiques serait plus détachée encore, opposition sauvage - domestiqué moins détachée.
- 25 000 : Statuettes féminines, ces premières vénus sont en général fort ventripotentes, marquant bien l'hypothèse avancée plus haut : un matriarcat émergent. Ces vénus ont toutes des points communs, ce qui signifie l'existence d'un code esthétique (ou d'une mimèsis si prononcée que ça en serait vraiment déconcertant). Le code esthétique signifie que l'homme, pour certaines représentations, croit avoir trouvé une forme optimale, et est capable de l'objectiver (en l'occurrence pour la maternité, cette stéatopygie, ce caractère mamelu, ces courbes adipeuses et cette bedaine à en faire pâlir Siddhartha en fin de vie). On peut même imaginer, en plus de cette législation tacite du code esthétique, une autorité chargée de la faire respecter.
- 9 000 : Art du néolithique
Une parenthèse de 5800 années s'ensuit dans les notes, alors que la taille du bronze, la céréaliculture et la phéniciculture, apparaissent durant ces millénaires. Je manque simplement de documentation concernant ces secteurs et veillerait à colmater la chose au plus tôt.
- 3 200 : Invention de l'écriture à Sumer (d'après la légende, Enmerkar, ensi d'Uruk, qui aurait envoyé un coursier à Aratta et aurait alors eu besoin de lui faire noter ce qu'il faudrait répéter). Néanmoins, selon ce qui semble ne plus être un mythe, le glorieux, sémillant, et très modeste Raphaël Badawi, au noble plastron gonflé de lapis-lazuli, aurait de Sa grâce donné l'écriture aux hommes, graciles écheveaux de viande qui autrement étaient condamnés à la disparition. On passe du message (quelques signifiants imprécis pour quelques signifiés) à une écriture (signifiants précisés, taxinomiés, exhaustivés par la possibilité combinatoire), cependant pas de corrélatifs, l'écriture n'est qu'un aide-mémoire mais pas encore une langue, il faudra attendre deux siècles avant d'avoir autre chose que des substantifs sur les tablettes.
- 3 000 : Les termes phonogramme (comme une lettre de l'alphabet) et syllabogramme (comme le principal intégrant de l'écriture hittite) ne sont évidemment pas synonymes, mais je les emploie ici comme tels car les symboles spécifiques utilisés par les sumériens comme connecteurs ou indices grammaticaux pouvaient tout aussi bien avoir la valeur d'un phonème (rarement, on est très loin d'une alphabétisation) que la valeur d'une syllabe (fréquemment). Donc nous avons des phonogrammes et des syllabogrammes pour le même phénomène. L'apparition des phonogrammes en plus des idéogrammes (l'écriture au calame ayant fait cette évolution vers une écriture abstraite en clous et en chevrons empêchant de parler de pictogramme) permet d'avoir une dimension syllabique s'enkystant à la base morphématique du langage, et autorise enfin de formuler à l'écrit ce qui peut être formulé à l'oral. Mais les syllabogrammes sont réduits au strict minimum et ne sont pas tous présents, l'écriture ne se suffit pas encore à elle-même, bien que les ambiguités dues à l'usage des mêmes signes entre signe syllabique et signe morphématique soient à peu près résolues. La structure de la langue étant agglutinante, il n'est pas nécessaire de noter tous les indices grammaticaux, tous les syllabogrammes, car leur présence ou non n'incide pas sur les substantifs, tous idéographisés.
- 2 600 : Les akkadiens, vivant en bonne intelligence avec les sumériens, développent une écriture flexionnelle dans laquelle tous les syllabogrammes doivent être présents justement parce que ceux-ci influent sur les substantifs plutôt que de simplement s'affixer ou s'infixer à eux. Cela permet enfin une écriture qui se suffit à elle-même, sans omissions dues à la rengaine "bon, la flemme de noter la phonogramme, et comme le lecteur sait de quoi je parle, il comprendra sans, et comme ça n'affecte pas la calligraphie du reste", sauf que le philologue quatre mille ans plus tard, de cette manière, obtient difficilement tous les éléments nécessaires à la contextualisation. Avec une écriture parfaitement autonome, enfin, nous avons les débuts de la littérature, alors "prosaïcité compassée", qui peuvent se faire.
Il faudra attendre encore un millénaire pour que les alphabets ugaritiques et phéniciens, uniquement consonnantiques, rendent l'écriture plus aisée, accessible à d'autres personnes que des érudits.
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Les limites de la neutralité en Espéranto - Dernier paragraphe
jeudi 29 janvier 2009 à 15:12
(L'article étant particulièrement long, je ne vous en copie que la fin, impétueusement originale, moins soporifique que le reste, et mettant un terme final à ma dignité.)
Enfin, celui qui se mettrait en tête de railler la pauvreté de l'espéranto devrait lire quelques fakaj vortaroj. Le fait de se passer de radicaux surérogatoires ne signifie pas diminuer autant que faire se peut le nombre de radicaux. Par exemple, là où en français on n'a aucun verbe pour "faire un soixante neuf", il y en a trois en espéranto (cf. Tabuaj Vortoj en Esperanto), déclinables à l'envi en noms, épithètes, adverbes, et auxquels on peut affixer et infixer toutes les désinences voulues. Ce qui autorise de formidables fredaines du genre (je ne vais jouer qu'avec un seul des trois radicaux pour ne pas bordéliser encore plus la chose) : Il m'a soixanteneuvement (sesdeknaŭe) prise, ce coquin soixanteneuvin (sesdeknaŭa). Le fripon est un soixanteneuvastre (sesdeknaŭaĉulo avec les suffixes -ul- et -aĉ-, on formule en un mot l'idée d'un homme qui fait des soixante-neuf à longueur de temps et de façon désastreuse, en inversant les deux ce n'est plus le soixante-neuf mais l'individu qui est désastreux), j'aurais préféré un soixanteneuphile (sesdeknaŭemo suffixe -em-). Je compenserai en allant voir un professionnel, le soixanteneuviste (sesdeknaŭisto suffixe -ist- exprime la personne dont l'office est de...). Rétorquez-moi que c'est formulable en français, mais au prix d'une bonne dizaine de néologismes d'ailleurs invalides (section Néologismes de la réforme de la langue française de 1990). Bien entendu, l'exemple égrillard n'ouvre pas de voies de pensée, mais imaginez cette flexibilité à l'oeuvre en maniant des concepts philosophiques... Mon exemple ne concernait que le vocabulaire, gardez en tête qu'avec l'ordre des mots libre grâce à l'accusatif, les choses sont encore plus excitantes structuralement.
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Un bout de Zamenhof
samedi 31 janvier 2009 à 22:49
(Introduction de Esenco kaj estonteco de la lingvo internacia traduit par mes soins.)
Toutes les idées qui auront à jouer un rôle important dans l'histoire de l'humanité subissent toujours de manière égale le même sort : quand elles apparaissent, leurs contemporains les accueillent non seulement avec une remarquable suspicion obstinée, mais parfois même avec une sorte d'inexplicable inimitié ; les pionniers de ces idées doivent beaucoup se battre et beaucoup souffrir ; on les considère comme des hommes azimutés, infantilement dissipés, ou même en fin de compte carrément comme des individus très inutiles. Tandis que les hommes qui s'occupent à toute sorte de choses sans visée, à d'inutiles choses insensées (sensencaĵo), s'ils se révèlent être à la mode, ou conformes aux idées routinières de la masse, jouissent non seulement de toutes les bonnes choses de la vie, mais aussi du nom honorifique de «professeur» ou d'«agent public utile», les pionniers d'idées nouvelles ne rencontrent rien d'autre que gausseries et algarades ; le premier bambin à peine instruit les regarde de haut et leur dit qu'ils s'affairent à des âneries (malsaĝaĵoj), le premier gazetier venu écrit sur eux des articles et notes «spirituels», ne prenant même pas sur soi la peine de ne serait-ce que chercher à savoir sur quoi au juste ils travaillent ; et le public, qui toujours se meut comme un troupeau de moutons derrière ceux qui font le plus de bruit (kriemuloj), ricane, s'esclaffe, se désopile et ne se demande pas une seule seconde s'il n'y a pas ne serait-ce qu'une goutte de sens et de logique derrière toutes ces moqueries «spirituelles». Il est «dans le temps» de ne pas parler autrement de ces idées qu'avec ironie et sourire mésestimant, et c'est ce pourquoi agissent pareillement et A, et B, et C, et tous craignent de se mettre à penser sérieusement, même une minute, à propos de l'idée raillée, car ils «savent à l'avance» qu'«il n'y a rien dedans hormis des âneries», et ils craignent que d'une façon ou une autre on les ajoute au nombre de ces fous paraphréniques si, ne serait-ce que dans la durée d'une minute, ils essayaient d'envisager avec sérieux ces imbécilités. Les hommes se demandent même «de quelle manière, dans notre époque pragmatique, peuvent apparaître de tels fantasmes démentiels et pourquoi ne met-on pas ces gens dans des asiles d'aliénés ?».
Mais quelques temps s'écoulent. Après de longs tumultes de rixes, d'échauffourées et de souffrances, les «fous infantiles» atteignent leur but. L'humanité se fait plus riche au moyen d'un important nouvel acquis et en tire la plus vaste et polyvalente (diversforman) utilité. À cet instant les circonstances ont changé. Cette nouvelle affaire, déjà puissamment étayée, semble aux hommes si simple, si «compréhensible par soi-même», qu'ils ne comprennent pas comment nous pouvions vivre sans. Alors les successeurs (posteuloj) lisent ce qui semble être des racontars, que se seraient tenus contre elle les contemporains de l'avènement de cette idée, et ils ne peuvent pas le croire, et ils s'imaginent que tout cela a été inventé par les écrivailleurs de l'histoire (historioskribantoj) pour persifler ces générations lointaines. «Est-ce qu'effectivement, se disent-ils, le monde entier de cette époque se constituait d'imbéciles ? Y a-t-il vraiment eu des hommes qui ont fait obstruction aux pionniers avec ce genre de dénégation réquisitoriale sans queue ni tête, tandis que les autres se tenaient en silence, et que le premier gosse de cinq ans n'ait pas dit à ces fustigeurs : «Messieurs, vous parlez d'une façon terrifiante, sur des choses insensées et fondées sur rien, qui a inventé cette énormité que vous arborez !» ? Absolument incompréhensible ! Les historiens doivent certainement beaucoup trop exagérer !»
Lisez l'histoire de la naissance du christianisme et de diverses grandes idées dans le domaine de la morale, de la philosophie et de la science ; lisez l'histoire de la découverte de l'Amérique, de la mise en place des voies ferrées etc., etc. Partout la même chose. Es ist eine alte Geschichte, doch bleibt sie immer neu. La lumière apparaît comme un besoin nécessaire à celui qui se tient à distance, mais à ceux qui en sont trop près, elle irrite les yeux de sorte à ce qu'ils peinent à l'éteindre. [...]
Toutes les idées qui auront à jouer un rôle important dans l'histoire de l'humanité subissent toujours de manière égale le même sort : quand elles apparaissent, leurs contemporains les accueillent non seulement avec une remarquable suspicion obstinée, mais parfois même avec une sorte d'inexplicable inimitié ; les pionniers de ces idées doivent beaucoup se battre et beaucoup souffrir ; on les considère comme des hommes azimutés, infantilement dissipés, ou même en fin de compte carrément comme des individus très inutiles. Tandis que les hommes qui s'occupent à toute sorte de choses sans visée, à d'inutiles choses insensées (sensencaĵo), s'ils se révèlent être à la mode, ou conformes aux idées routinières de la masse, jouissent non seulement de toutes les bonnes choses de la vie, mais aussi du nom honorifique de «professeur» ou d'«agent public utile», les pionniers d'idées nouvelles ne rencontrent rien d'autre que gausseries et algarades ; le premier bambin à peine instruit les regarde de haut et leur dit qu'ils s'affairent à des âneries (malsaĝaĵoj), le premier gazetier venu écrit sur eux des articles et notes «spirituels», ne prenant même pas sur soi la peine de ne serait-ce que chercher à savoir sur quoi au juste ils travaillent ; et le public, qui toujours se meut comme un troupeau de moutons derrière ceux qui font le plus de bruit (kriemuloj), ricane, s'esclaffe, se désopile et ne se demande pas une seule seconde s'il n'y a pas ne serait-ce qu'une goutte de sens et de logique derrière toutes ces moqueries «spirituelles». Il est «dans le temps» de ne pas parler autrement de ces idées qu'avec ironie et sourire mésestimant, et c'est ce pourquoi agissent pareillement et A, et B, et C, et tous craignent de se mettre à penser sérieusement, même une minute, à propos de l'idée raillée, car ils «savent à l'avance» qu'«il n'y a rien dedans hormis des âneries», et ils craignent que d'une façon ou une autre on les ajoute au nombre de ces fous paraphréniques si, ne serait-ce que dans la durée d'une minute, ils essayaient d'envisager avec sérieux ces imbécilités. Les hommes se demandent même «de quelle manière, dans notre époque pragmatique, peuvent apparaître de tels fantasmes démentiels et pourquoi ne met-on pas ces gens dans des asiles d'aliénés ?».
Mais quelques temps s'écoulent. Après de longs tumultes de rixes, d'échauffourées et de souffrances, les «fous infantiles» atteignent leur but. L'humanité se fait plus riche au moyen d'un important nouvel acquis et en tire la plus vaste et polyvalente (diversforman) utilité. À cet instant les circonstances ont changé. Cette nouvelle affaire, déjà puissamment étayée, semble aux hommes si simple, si «compréhensible par soi-même», qu'ils ne comprennent pas comment nous pouvions vivre sans. Alors les successeurs (posteuloj) lisent ce qui semble être des racontars, que se seraient tenus contre elle les contemporains de l'avènement de cette idée, et ils ne peuvent pas le croire, et ils s'imaginent que tout cela a été inventé par les écrivailleurs de l'histoire (historioskribantoj) pour persifler ces générations lointaines. «Est-ce qu'effectivement, se disent-ils, le monde entier de cette époque se constituait d'imbéciles ? Y a-t-il vraiment eu des hommes qui ont fait obstruction aux pionniers avec ce genre de dénégation réquisitoriale sans queue ni tête, tandis que les autres se tenaient en silence, et que le premier gosse de cinq ans n'ait pas dit à ces fustigeurs : «Messieurs, vous parlez d'une façon terrifiante, sur des choses insensées et fondées sur rien, qui a inventé cette énormité que vous arborez !» ? Absolument incompréhensible ! Les historiens doivent certainement beaucoup trop exagérer !»
Lisez l'histoire de la naissance du christianisme et de diverses grandes idées dans le domaine de la morale, de la philosophie et de la science ; lisez l'histoire de la découverte de l'Amérique, de la mise en place des voies ferrées etc., etc. Partout la même chose. Es ist eine alte Geschichte, doch bleibt sie immer neu. La lumière apparaît comme un besoin nécessaire à celui qui se tient à distance, mais à ceux qui en sont trop près, elle irrite les yeux de sorte à ce qu'ils peinent à l'éteindre. [...]
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Démonstration de la finesse des nuances en espéranto
Les sumériens pouvaient faire émerger, par l'organisation tabulaire de leurs oracles, des conceptions qui auraient été autrement impossibles. De la même façon, parce que l'espéranto s'organise tabulairement, il fait émerger des mots provenant de lacunes colmatées par ce souci de régularité similaire à celui d'un tableau et qui, une fois mis au jour, se révèlent dignes d'intérêt.
Il n'y a pas de discrimination dans la gamme des nuances, qui contraindrait à en exprimer une en un mot et l'autre en deux lignes comme c'est souvent le cas dans les langues intranationales. Il n'y a pas non plus de limite à la superposition de ces nuances.
Il est impossible de trouver une utilité à ce qui n'existe pas encore, et une langue qui remplit toutes les cases du tableau de l'expressivité fait exister ce qui n'était possible que par des périphrases, rendant ces expressions plus malléables, plus flexibles, plus manipulables, plus dérivables, et ouvrant ainsi beaucoup de marge à l'articulation de périphrases plus profondes (car en philosophie, faire une périphrase à partir de circonlocutions diverses faute de mot adéquat est une pratique très répandue depuis la phénoménologie, mais qui montre rapidement ses limites, car une circonlocution est retorse, entravante, comparativement à un simple morphème, souvent le philosophe achoppe, ne peut pas aller très loin, et maudit la rigidité de la langue, et il a beau inventer un mot pour chaque expression, parlant d'Eidos, d'être-là, d'être-tel, il vient toujours un moment de saturation où même l'auteur ne s'y retrouve plus, car le mot ne comprend pas sa définition, contrairement à l'espéranto)...
Il n'y a pas de discrimination dans la gamme des nuances, qui contraindrait à en exprimer une en un mot et l'autre en deux lignes comme c'est souvent le cas dans les langues intranationales. Il n'y a pas non plus de limite à la superposition de ces nuances.
Il est impossible de trouver une utilité à ce qui n'existe pas encore, et une langue qui remplit toutes les cases du tableau de l'expressivité fait exister ce qui n'était possible que par des périphrases, rendant ces expressions plus malléables, plus flexibles, plus manipulables, plus dérivables, et ouvrant ainsi beaucoup de marge à l'articulation de périphrases plus profondes (car en philosophie, faire une périphrase à partir de circonlocutions diverses faute de mot adéquat est une pratique très répandue depuis la phénoménologie, mais qui montre rapidement ses limites, car une circonlocution est retorse, entravante, comparativement à un simple morphème, souvent le philosophe achoppe, ne peut pas aller très loin, et maudit la rigidité de la langue, et il a beau inventer un mot pour chaque expression, parlant d'Eidos, d'être-là, d'être-tel, il vient toujours un moment de saturation où même l'auteur ne s'y retrouve plus, car le mot ne comprend pas sa définition, contrairement à l'espéranto)...
Encore une fois, je ne m'occupe que de lexèmes, mais je posterai un jour quelque chose concernant la grammaire, avec cette structure agglutinante, non-flexionnelle, qui rend cette langue si eurythmique, euphonique, poétique (lisez les poèmes volontairement archaïsants de Privat, ceux pastoraux et complexes de Auld, ceux simples et touchants de Baghy), et propice à une fidélité prodigieuse lors des traductions (les exemples de Niĉe (Nietzsche) et Herĵe (Hergé) sont en ce sens bouleversants).
Extrait de l'article Wikipédia "Vocabulaire de l'espéranto", rédigé d'après l'historique par l'adresse IP 90.31.200.234 :
Si le schématisme poussé de l'espéranto paraît quelquefois lourd, il obtient souvent une concision et une densité que bien des langues sont obligées de diluer dans des périphrases. À côté de samlandano calqué sur compatriote, l'espéranto a un samideano (partisan du même idéal), un samklasano (membre de la même classe), etc. Il peut aussi exprimer toute une idée par un vocable compact :
* amantino (une amante)
* aminda (aimable)
* amema (porté à l'amour)
* malameti (éprouver un petit dégoût)
* avari (être avare)
* forflugi (s'échapper en s'envolant)
* enlitiĝi (se mettre au lit)
* japana turisto amuze fotema (un touriste japonais dont la tendance à photographier est amusante)
* japana turisto pro fotemo amuza (un touriste japonais amusant par sa tendance à photographier)
* gratulinda virino (une femme qui mérite d'être félicitée)
* envortarigi (faire entrer dans le dictionnaire - un mot, une expression, etc -)
* elvortarigi (faire sortir du dictionnaire - un mot, une expression, etc -)
* fervori (brûler d'ardeur)
* surtabligi (mettre sur la table)
* tranokti (passer la nuit)
Comme toute langue vivante, l'espéranto comprend des mots qui n'appartiennent qu'à lui. Ainsi, là où le français n'autorise que « rougeoyer » (ruĝi) et « verdoyer » (verdi), l'espéranto permet « jauneoyer » (flavi), « noiroyer » (nigri), « bleuoyer » (blui), « grisoyer » (grizi), « violoyer » (purpuri) « marronoyer » (maroni), et ainsi de suite. De même, là où le français n'autorise que « rougir » (ruĝiĝi) et « verdir » (verdiĝi), l'esperanto permet « maronir » (maroniĝi) « orangir », (oranĝiĝi), et de même à l'infini. Notons que même lorsque un nouveau mot espéranto n'a jamais été utilisé auparavant, il est immédiatement compréhensible pour tous les espérantophones du monde.
La dérivation par affixes permet d'agrandir son vocabulaire, parfois au-delà de ce que l'on connaît de sa langue maternelle. Le radical vid- (voir) correspond à une dizaine de mots français : verbe voir (et ses conjugaisons : vois, voyais, verra, ...), la vue, aveugle, la vision, visuel, visible, invisible, panorama, observateur, regard, ... etc.
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