mardi, 17 mars 2009
[Dictionnaire] Anglicismes en langue française et leurs traductions
Anglicismes en langue française (analysés, compilés, et inventoriés par Raphaël Badawi)
Initialement à l'usage des sous-titreurs québécois
Cette synthèse extrêmement concise peut également être très utile à la traduction de logiciels libres.
La terminologie est nettoyée des équivalences devenues obsolètes (il y a dix ans, il aurait été par exemple nécessaire de préciser software => logiciel, update => mise à jour, etc.), et parfaitement à jour (certaines expressions n'ont été créées que lors du dernier trimestre 2008).
Cette initiative, contrairement à celles cocardières et anti-américaines des apeurés du prétendu "franglais" (en tenant en compte les introductions les plus récentes de l'anglais dans le français, moins d'1% du vocabulaire français est anglicisé, et c'est avant tout un vocabulaire spécialisé, notablement en informatique et en sport), essaie de se placer sous la perspective de l'efficacité. Il est inutile d'utiliser un équivalent français imprécis, faisant perdre du sens par rapport au terme anglophone d'usage, et l'Académie l'a bien compris en acceptant le mot "fantasy" sous la forme "fantasie". En outre, pour les anglicismes possédant un réel équivalent, il ne sert à rien d'être prescriptif : au contraire, si les formes anglaises et françaises coexistent, ça ne fera que plus d'abondance lexicale, de possibilités euphoniques, et de possibilités évolutionnelles conduisant à une multiplication des nuances exprimables en un seul lemme ! (Par cette dernière possibilité, je voulais signifier que lorsque plusieurs expressions sont synonymisées, comme c'est le cas avec les anglicismes et leurs équivalents, l'évolution naturelle de la langue peut les connoter différemment et les doter avec le temps de teintes particulières.) On peut encourager l'usage des équivalences francophones pour, par exemple, leur consonance (en fonction de l'appréciation de chacun) et leur facilité de déclinaison par rapport aux termes anglophones d'origine, mais certainement pas tourner la suggestion en impératif !
Cependant, il convient de noter que l'irruption d'anglicismes se substituant véritablement dans le parler aux termes français préexistants est à condamner, car la dynamique dans ce cas serait un appauvrissement du vocabulaire. Ainsi des expressions comme "look" et "people" ravagent les pourtant nombreuses traductions satisfaisantes, conséquemment de moins en moins employées, et sont ainsi véritablement destructrices pour la richesse du français. Qu'une simple étude chiffrée sur les fréquences d'occurrence de ces termes comparativement à l'addition de leurs équivalents francophones dans les différents journaux français nous en soit témoin (commencée, pas terminée, mais phénomène très probant d'après les premières données collectées, surtout à partir de 2006). Ainsi n'avancé-je pas des postulats à vide. Pour ce qui est de la répartition des anglicismes, d'après mes estimations personnelles, il y en a approximativement 17,27% de légitimes (sans équivalents exacts), 77,27% de semi-légitimes (avec équivalents exacts), et 5,46% d'illégitimes (se substituant aux formes françaises d'usage).
Sans équivalence parfaite, dont l'usage est parfaitement légitime :
cliffhanger
cross-over
design ("stylique" avait été proposée comme alternative, vainement)
fantasie (orthographe modifiée par l'Académie, à ne pas confondre avec "fantaisie")
joystick
kit
leader (malhabilement traduisible par "chef de file" ; "timonier", une fois proposé, serait totalement à côté de la plaque)
leadership (malhabilement traduisible par "primauté")
lobby/lobbying (désinences d'usage)
major ("compagnie majeure" étant incroyablement imprécis)
netbook
outsider ("marginal" est insuffisant)
shopping (le terme "achat" ne rend pas la nuance de compulsivité)
skateboard/skateur/skateboarding (désinences d'usage)
spoil/spoiler/spoilage (désinences d'usage)
stand-alone (ou loner)
star ("étoile" n'est pas approuvé, "grande vedette" est imprécis)
striptease (plus de césure depuis la réforme de 1990)
t-shirt (orthographe alternative : tee-shirt ; synonyme : gaminet, qui était initialement parodique mais a fini par être utilisé)
sans compter les dénominations présentes de longue date, et d'usage quasi-international (p. ex. "big bang", "cool", "hyper", "OK", "super", etc.).
Avec équivalence parfaite (terminologie de l'Académie, du CSA, et de l'OQLF), anglicismes dont l'usage est déconseillé, moins légitime, mais tolérable :
access prime-time => avant-soirée
ace => as
airbag => coussin de sécurité
antiskating => antiripage
aquaplaning => aquaplanage
at (@ oral) => arrobe
baby-sitting => assistance maternelle, garde d'enfant
blog => blogue
boost => accroître, amplifier, augmenter, relancer, etc.
brain-storming => remue-méninges
bug => bogue
business => affaires, entreprise (en fonction du contexte)
camping-car => autocaravane
casting => audition
challenge => chalenge, défi, gageure
chat => clavardage (surtout au Québec), dialogue en ligne (surtout en France)
coaching => mentorat (contrairement aux idées reçues, il n'y a pas de nuance spécifique au terme anglais)
come-back => retour (le terme anglais n'est pas une hyperbole, mais la traduction exacte de "retour")
compositing => composition (d'images, picturale)
cookie (informatique) => témoin (de connexion), péjorativement : mouchard
cracker => pirate
deal => accord, arrangement, connivence, marché (en fonction du contexte)
e-book => livrel, ecolivrel
e-mail => courriel
e-mail address => adresse électronique
fast food => restauration rapide
fax => télécopie
fax machine => télécopieur
firewall => pare-feu
feed-back => avis, retour (déterminant indéfini, p. ex. "je regarde et t'envoie un retour") ; en informatique : rétroaction
freeware => gratuiciel
gateway => passerelle
goal average => différence de buts
groupware => collecticiel, logiciel de travail collaboratif, logiciel de groupe
guest star => invité (artiste invité au Québec, invité spécial ou invité d'honneur en France)
hacker => bidouilleur (terme d'usage et traduction littérale) ; péjorativement : pirate
hit => tube
hoax => canular
hotline => assistance (en ligne, téléphonique)
hot spot => zone wifi
informercial => publireportage
kindle => bouquineur, liseuse
listing => listage
management => administration, gestion (contrairement aux idées reçues, il n'y a pas de nuance spécifique au terme anglais)
marketing => mercatique
malware => maliciel
merschandising => marchandisage
notepad computer => ardoise électronique
package => progiciel
packaging => conditionnement
pacemaker => stimulateur cardiaque, cardiostimulateur
peer-to-peer => pair à pair, poste à poste
Personal Digital Assistant => Assistant électronique (de poche)
phishing => filoutage, hameçonnage (pratiqué par les filouteurs, ou les hameçonneurs)
pitch => résumé, synopsis, topo
play-off => phase/tour final(e)
plug-in => extension, module, module d'extension
preview => prévisualisation
prompt => invite
prime time => première partie de soirée, heure de grande écoute
reset => réinitialiser
scanner => scanneur
scanning => scannage
shareware => partagiciel
showcase => diaporama, présentation (professionnelle)
spam => pourriel
spamming => pollupostage
spin-off => série dérivée
sponsor => mécène, parrain
sponsorship => mécénat, parrainage, patronage
spyware => logiciel espion, espiogiciel, mouchard
ad spot => message/séquence/spot publicitaire (le mot "spot" a été accepté par de nombreux lexicographes et est à ce titre entré dans de nombreux dictionnaires, l'Académie devrait bientôt l'accepter à son tour)
start-up => jeune-pousse
steward => stadiaire
streaming => diffusion en flux, lecture en continu, lecture en transit
supporter => supporteur
tab => onglet
talk-show => débat-spectacle, émission-débat
teaser => aguiche
tie-break => échange, manche décisi(f)(ve)
time-out => arrêt de jeu
timing => coordination, synchronisation ; minutage, temporisation, en fonction de l'acception désirée
trailerist => autocaravanier
webcam => cybercaméra (très récent ; première occurrence : Journal Officiel, 15 septembre 2006)
webmaster => administrateur (de site)
Abus à condamner (anglicismes apparus par effet de mode alors que les termes français étaient déjà en place) :
benchmark => banc d'essai, test de performance
customization => personnalisation
hype => tendance
layout => agencement, disposition
look => allure, aspect, prestance
people => célébrité, personnalité, vedette ; en sciences : sommité
À noter que quatre grands écueils en traduction proviennent d'une sorte d'angloaccoutumance, ainsi :
- OK peut être traduit par OK, mais bizarrement est rarement rendu par "D'accord" ou "Entendu" qui ont exactement le même sens dans une conversation (pas dans une interface, évidemment).
- Just dans des phrases de type "I just want to do something" est systématiquement traduit par "juste" alors qu'il pourrait tout aussi bien être traduit par "seulement" ou "simplement".
- le verbe "initier" est souvent pris dans l'acception de "to initiate" (amorcer, commencer), alors qu'il n'a que le sens d'enseigner (initiation). Kant n'a pas initié en Europe la caducité, l'erronité des intuitions intellectuelles, il a initié cet argument à l'Europe. La confusion peut également venir de l'épithète initial, qui a bien le sens de "au commencement, au départ".
- le mot "opportunité" n'a pas le même sens que le mot "occasion". Ainsi, pour Malebranche, la causalité est une occasion à l'exercice de la force divine, et non une opportunité. Opportunity signifie occasion, opportunité signifie "qui arrive à point", "qui arrive à temps", "qui est opportun". Par exemple, il n'y a pas d'opportunités, mais des possibilités et des occasions d'emploi. Mais l'acquisition d'un emploi est une opportunité (quelque chose qui arrive à temps). Le sens peut plus facilement être cerné par l'antonyme : inopportun.
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La créature me montra son outil de travail
Il s'agissait d'un système de type GNU/Linux, configuré autour de quatre bureaux dont la représentation tridimensionnelle était un cylindre tarabiscoté en motifs fractaux alambiqués, à l'origine mathématique ineffablement complexe. Le fond d'écran était lui-même un rêve fractal ininterrompu, rêve partagé entre des milliers d'hommes narcotisés par cette beauté inhumaine.
L'ensemble de l'interface était en espéranto, langue permettant de repousser les limites de la pensée par sa structure tabulairement régulière. Le contenu multimédia oscillait entre des recueils de poèmes en espéranto, des documentaires en anglais, de la musique classique, acousmatique, et ethnique, ainsi qu'en outre une riche collection d'images à caractère médical, partant de l'anatomisme italien de Da Carpi pour déboucher sur une esthétique moderne davantage scientificisée, du moins à nos yeux d'hommes actuels, hommes s'actualisant par exclusion du passé, interprétant le passé hors de la fluidité du passé.
Le faîte de cette prodigalité se situait probablement dans l'organisation interne de cet outil. Le tétrabureau évitait les guerres intestines entre chaque logiciel ; ainsi sur le premier y avait-il un travail de sous-titrage, sur le second un travail de lecture et d'écoute, sur le troisième un travail de montage, et sur le quatrième un ensemble à portée distractive.
J'essayai alors de faire mien cet outil. Mais le clavier n'était pas agencé selon mes coutumes. Lui aussi avait été optimisé contre l'habitude et pour l'omnipotence : l'azerty étant un modèle contraignant et lent, la créature lui avait subrogé un modèle dvorak, plus performant, capable lui aussi de repousser certaines limites, mais que l'habitude me rendait parfaitement inutilisable.
Tout ici exhalait d'un encens laudatif non pas à la performance, mais à la fondation d'un système qui ne connaîtrait pas les limites stratifiques de l'histoire, qui venu sans passé (et non pas en intégrant le passé par l'acte même de l'exclusion, non pas en s'actualisant par rapport au passé), comme la cité d'Harappa, assurerait une absence complète de coercition et de cette manière une libération absolue des potentialités de l'usager.
R.
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