samedi, 24 février 2007
§ 1
Travaux personnels encadrés, session 2007 : « Comment peut-il y avoir une propriété sur quelque chose d'immatériel ? »
Nous sommes en 2007. Partout, l'art, ou son poncif, est présent. On entend de la musique dans les métros, dans les rues, dans les lycées, chez soi, même en dormant on les entend toujours résonner, les madrigaux de la vie, et il semble que le quotidien lui-même ne soit plus qu'une vertigineuse carmagnole. On arrive au travail, on prend une tasse de café, nos esgourdes remuent alors légèrement du pavillon : « tu as vu le film hier soir ? » et on assiste, dans cette récréation café, à une recréation orale d'une œuvre cinématographique. Puis on doit labourer les guérets des éternels grains de la page blanche, entre les sillons du papier émeri, on ne voit plus qu'un linceul un peu grenu, l'imagination s'active, et de la stérile feuille nous avons, l'espace d'un instant, accompli une œuvre. On rédige alors le bilan semestriel des bénéfices de l'entreprise, et les chiffres semblent danser une gambille endiablée, nos synapses s'agitent et établissent une Orchésographie incroyable ! On rejoint la vision dionysiaque du monde, tout est art.
Donc tout est protégé par un copyright. Le collègue qui a recréé le film est un dangereux pirate, et nos frasques, légères foucades et courtes envolées capiteuses sont légales car restées dans le « cadre du cercle familial », à savoir notre cerveau.
La propriété intellectuelle concerne quelque chose de purement immatériel, qui se matérialise le temps de sa manifestation, puis est immatériellement modifié et restructuré ; enfin cette œuvre conséquente est ensuite matériellement modelée. Toute œuvre n'est qu'un simple moulage des influences subies : même l'innovation provient originellement d'une simple intuition empirique. Le côté purement conséquent de l'œuvre est résolument apodictique. L'art n'est pas un genêt, y apposer un droit, c'est un peu mettre des barreaux aux fenêtres de la vie. Quand je dors, je ronfle, et c'est déjà un beau jeu de recréation dans cet acte anodin. Quand je vais dans une vespasienne, une recréation. Quand je marche, une recréation. Quand je parle, une recréation. Quand j'articule mes membres, une recréation. Glottalité, labialité, dentalité, s'agitant en tant qu'intégrants au niveau mérismatique du langage jusqu'à la condition d'incorporant, le niveau syntagmatique, dans la valse irrépressible, le récréation de la vie !
Et voilà que nos fenêtres cessent d'être irisées pour se couvrir de peinturlures et bigarrures bizarres de droit – œuvres abstruses que voilà ! – nos ouvertures deviennent meurtrières grossièrement jaspées, et nous voici plongés dans un ergastule sombre, étouffant sous les fongosités et les souillures turgides grinçantes de ce Terra Specola presque inconcevable – et pourtant concret.
Ce TPE a pour objectif de comprendre comment une propriété a pu être apposée sur l'idée comme sur un micro Fisher Price. Il est lui-même intégralement distribué sous copyleft[1].
Pour comprendre la propriété, nous allons commencer par une étude historique – puis par un exposé du côté purement rédhibitoire du copyright – enfin, nous conclurons sur son « remède », le copyleft, et sur les perspectives sombres qui se présentent à l'horizon si le processus d'intensification et de durcissement du copyright continue. Ayant ainsi répondu de façon pertinente aux trois cordes de la propriété intellectuelle, nous pourrons comprendre ce « comment » la propriété intellectuelle est-elle possible et en tirer une réponse convenable.
[1] Sous Licence Art Libre. Par exemple, l'estampe en frontispice est un livre cuttérisé de Jean-François Savang, œuvre également placée sous Licence Art Libre.
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